Francette Lazard a aimé Au bord du gouffre de Claude Mazauric

Cher Claude

Tu t’en remets donc à nous, tes lecteurs, pour savoir "si tu as perdu ton temps" en écrivant ce livre. Après une lecture attentive, passionnée et bien souvent émue, je peux te dire qu’en ce qui concerne « la condisciple, la camarade et l’amie » que je suis, tu n’aurais pu mieux employer ce temps turbulent qui nous emporte de plus en plus vite.

Je te lis depuis des décennies, avec un intérêt soutenu. J’ai apprécié il y a quelques années tes mémoires publiées dans les Cahiers d’Histoire.
Mais j’ai l’impression, avec ces notes du "jour le jour", d’entrer comme par effraction dans ta « fabrique » de pensée.

J’y découvre « en direct » le tourbillon des connaissances acquises et toujours augmentées, la densité critique d’un engagement toujours revivifié, la diversité des contacts et des plaisirs qui trament ta personnalité. Ainsi se façonne ce que tu as sû devenir et ce que tu parviens à offrir aux autres. Avec les doutes et les certitudes toujours en reconstruction. Avec la lucidité que permet - tu en donnes un témoignage rare - la perception de ses propres limites dans l’universel de l’expérience commune.

En te mettant à découvert, tu permets à ton lecteur de mieux connaître l’intellectuel humaniste que tu es devenu, de mieux saisir comment s'élabore un regard personnel informé, et de mieux comprendre les chaos du présent pour y tracer sa propre route. Belle réussite, originale et forte. Elle met en lumière, et en perspective, les riches facettes de ce que tu as construit au fil des années : chacune rehausse la couleur des autres, donne sens à une trajectoire de vie dont ton précédent texte « biographique » ne laissait pas deviner la complétude.

Vraiment, tu n’as pas perdu ton temps ! Et comme nous partageons la même époque, et le même engagement, actif depuis plus de soixante ans, j’ai eu l’impression, durant les heures stimulantes que je viens de passer avec toi, que nos trajectoires se recoupaient comme jamais. La figure de Simone, si discrêtement présente dans ta « fabrique » quotidienne, donne à celle-ci sa pleine humanité.

Avec toute mon amitié, renouvellée par la grâce de la lecture,

Francette

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