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Hit the road Jack, and don‘t you come back - Agnès Saurat se paye Vincent Peillon !

Hit the road Jack, and don‘t you come back
Agnès Saurat

« Le train OUIGO numéro 6276 en provenance d’Avignon TGV entre en gare ».
31 décembre. 9h16. Quai A, Marne la Vallée. Pour notre dernier concert de l’année Lulu, Lilly et moi débarquons à Paris. Ok, on est aux portes de Disneyland, et c’est juste du givre. Mais c’est beau. C’est beau, mais ça caille ! Fallait donc que j’ai le goût du travail bien fait pour terminer ici l’œuvre des poteaux et zigouiller fissa l’ancien nègre de Lionel.
Un coup d’œil rapide et circulaire et je distingue mon sésame à travers la cohorte des fans de Mickey. Je fonce, me cale dans la file du distributeur et, sautant d’un pied sur l’autre, calcule machinalement le prix total des trajets de métro des prochaines 24 H.
Mon tour. CB dégainée, faisant mine d’appartenir à cette race de working- girls hypra pressées et supra désabusées, je commande, tape mon code, et d’un geste aguerri récupère les tickets. D’un simple signe furtif je rabats mes nanas quelques peu ensuquées, signifiant notre mise en mouvement, direction RER A.
Vers 11h Vincent quitta l’appartement, provisoire local de campagne, tout disposé pour un dernier point avec son homme de confiance.
K. s’envolerait ensuite avec ses proches vers un réveillon plus ensoleillé. Selon certains, K. avait choisi d’être auprès de Vincent pour cette campagne des primaires, parce que K. « devait être bien quelque part ». Tout un programme.
Vincent dévala les trois étages et surgit sur le trottoir glissant de l’avenue de Lyon, le vent faisant rougir instantanément son beau nez aquilin. Le froid glacial raviva soudain un souvenir ancien, tenace et excitant, mélange subtil de sensations, vertige, désir, aventure, interdit et fragrances iodées. Une réminiscence qui chiffonne le cœur. 1976…la sublime Kirsten. Premier job de couchetier aux wagons-lits. Premier trajet Paris-Copenhague. Kirsten. Premier trafic de saumon.
Quand le 4 novembre tout a pété au 49 boulevard de Belleville, j’ai d’abord cru au coup du suicide collectif, baroud d’honneur d’un Denis en peine de réalisation spectaculaire. Et du spectacle, il y en a eu ! Pas moins de 4 pâtés de maisons qui ont branlé sous le coup de la déflagration ! Même l’immeuble haussmannien de la vieille Jeannette a perdu toutes ses eaux quand la tuyauterie complète de sa façade nord s’est fait la malle en zigzaguant dangereusement au-dessus des badauds tétanisés.
Aussi sec avait surgi l’image, assez loufoque j’en conviens, des camarades dispersés aux quatre coins de Paris, comme aurait dit Raoul, éparpillés par petits bouts façon puzzle !
Passée ma première réaction, certes nerveuse, j’avais réalisé que j’aurais dû être de la ventilation. Ma seule excuse face à la dispersion générale tenant à une passion néfaste à laquelle je m’adonnais avec délectation : la scène. En ce jour sombre, la scène m’avait retenue au fond du Luberon avec les cops du swing.
Paul, tenancier à Lourmarin, était un de ces gars à qui personne n’a envie d’aller chatouiller le menton : petit, trapu, poilu aussi, tantôt en bermuda imprimé treillis délicatement coordonné à une de ces chemises hawaïennes improbables, tantôt affublé d’un antique bonnet, vraisemblable évocation d’une appartenance à la corsitude historique. Sa femme, Karine, traversait à longueur de soirées la rue pavée en riant, petit bout de nana toujours prête à danser, un plateau chargé de verres et de bouteilles à bout de bras.
Paul avait rajouté quelques dates à notre tournée automnale. Les filles et moi avions déboulé en deux deux, flanquées de notre berger sonorisateur, manière d’aider à sauver un chiffre d’affaires agonisant. Le trottoir étroit sur lequel nous officiions contenait facilement gambettes, pieds de micros et pieds d’enceintes, le tout savamment cerclés de câbles noirs, sertis de roses artificielles que, rituel de pin-up oblige, nous prenions plaisir à installer de nos longs doigts agiles et assurés. De magnifiques verres à cocktail agrémentaient le tout, remplis d’un breuvage monochrome mojitoïde, godets disposés sur une petite table bancale placée dans notre dos, juste sous l’ardoise des consos de la brasserie. De sorte que le mouvement devenait presque gracieux lorsqu’avant d’entamer Rum and Coca Cola ou Tuo vo fa l’Américano nous tendions délicatement nos lèvres sensuelles vers des pailles désaltérantes.
Rescapée donc malgré moi du dynamitage parisien, un méchant doute m’envahit, quand le « Spécial 49.3 » du JT de France 2 mentionna que « la gauche disparue, la présidentielle 2017 pouvait commencer ».
A qui pouvait bien profiter le crime ? Qui, dans notre liste noire, nous avait doublés au point de transformer les bourreaux en proies ?
Lorsque la Peugeot 206 verte de Patrick déboucha au coin de la rue tout pneu hurlant, le bel athlète d’un mètre quatre-vingt-cinq sourit. Etait-ce l’énervement que ne manquerait pas de lui montrer son chauffeur qui l’amusait ? Ou bien ce passé ressurgi et son lot d’émotions nostalgiques ? Ou encore la perspective de susurrer ce soir du Percy Mayfield à Dominique ? Toujours est-il qu’en ce dernier jour notre homme portait à merveille l’humeur badine, qu’elle s’accordait à la perfection à son chic naturel, et que le tout, emballé dans un costume ajusté noir, sous lequel on apercevait une chemise bleue pâle au col ostensiblement ouvert, était du plus bel effet ! Un manteau en cachemire gris anthracite à boutonnières croisées rehaussé d’une écharpe Fendi négligemment nouée accentuait l’impression de puissance qui émanait de tout son être. Son regard d’acier tranchait avec les éclairs pleins de malice de ses yeux, et l’on comprenait qu’il ne cherchait pas à en mettre plein la vue, se contentant de la sobriété des meneurs authentiques.
La vieille s’élança sur le passage piéton et Patrick retint un juron. Tout allait beaucoup trop vite ces temps-ci, et malgré tout l’attachement qu’il portait à son ami, il comprenait l’hostilité grandissante dans les rangs du parti. Disparu des radars pendant deux ans, son leader distillait chaque jour une vacherie bien savoureuse pour chacun de ses petits camarades.
Bastille. Le grésil colle aux rétros de la guimbarde.
Arrête-toi ici, je continue à pied
Mais je fais quoi moi, en t’attendant ?
Un sourire Ultra Brite eut raison du questionneur.
Ça te dirait pas d’échanger ta Peugeot contre une bonne vieille Alfa Roméo ? lança-t-il par la vitre du véhicule en double file, laissant Patrick pantois…
11h45, les Halles.
Moi j’ vous dis qu’on a le temps de manger un morceau avant de poser nos valises chez Sandrine.
Ouais, mais ça pèle grave, j’ai envie de me trouver une chapka…
Cool, bonne idée…Mais avant on se pose ?
Je repère le Chien qui fume, mais le Molière au coin du faubourg Saint Honoré nous semble plus accueillant. Adjugé. Un bellâtre nous installe au chaud et le tenancier, que j’avais pris d’abord pour un client, ravi d’entendre le soleil dans notre bonjour matinal s’empresse de décliner ses origines aveyronnaises pour s’engouffrer en cuisine, au grand étonnement du minot au plateau.
M’en direz des nouvelles, s’écrie –t-il de retour en salle, déposant solennellement trois précieux croques sous nos yeux ébahis.
Sitôt servis, sitôt engloutis. Trois cafés, deux parties de tarot. L’heure tourne. On paie, on s’emmitoufle, on sort. Je guide ma troupe jusqu’à l’escalator. Ligne 4. Les valises pèsent. Station Etienne Marcel. Quartier chicos, la classe. Pas le temps de traîner. Je repense à JB, survivant comme moi, de la purge brumaire. Marrant quand même, cette coïncidence…
C’est là, dit Lulu, devant un immeuble cossu de la rue Turbigo.
Pas trop tôt, ronchonne Lilly, qui regrette déjà ce manteau léopard qui lui tendait les bras dans la galerie des Halles.
Paris, 12ème.
Levé depuis 4 heures du mat, le chéri de ses dames marchait lentement entre les tables puis commanda un Schweppes au comptoir. Coup d’œil rapide sur l’écran du Smartphone. 12h22.
« Franchement j’ai fait ce que j’ai pu mais tu connais les soss du Sud… », lui souffla à l’oreille le gars au crâne dégarni en s’approchant du zinc.
La façon qu’avait son conseiller de lui tapoter l’épaule à la moindre… Définitivement insupportable. Lui foutre le nez dans son petit noir brûlant serait du plus bel effet…
Kamel te suit, Lucette et Martine aussi, et puis Valérie, Eric et Sébastien.
Pour des nouvelles fraîches il repassera le fils de harki. Tout ça sentait le réchauffé. Il entraîna Kader vers la sortie, jusqu’au kiosque à fleurs.
« Deux bouquets », marmonna-t-il à la bonne femme au bonnet blanc. Patrick te déposera sur le retour à Fontainebleau. Tu fais chier quand même, t’as rien foutu depuis le 11…
Préoccupé, il fixa distraitement la vendeuse, écoutant d’une oreille toute aussi inattentive d’inutiles consignes. Pierrot, Benoît, Lolo, François, Jean-Luc… Ils en avaient réchappé. La malédiction du 49.3 ? A coup sûr on les avait tuyautés. Mais ce soir, rien à craindre.
La Peugeot klaxonna, deux fois, et, les bras chargés, le gendre idéal se jeta sur la banquette arrière.
13h49.
Le 20 nous dépose pile poil à Bastille, ce qui nous laisse le temps de remonter rue de Charenton et être à l’heure pour les balances. Bojan nous accueille de cet accent si particulier que seul un bulgare peut produire après trois années passées à Bruxelles. De taille moyenne, il émane du slave une jovialité toute bonhomme. Des yeux rieurs et des joues rebondies, les cluques de Mister Maggo, baggie kaki et pompes de sécurité. Un vrai sondier. Seul un improbable pull jacquard brouille mon attention… Merde et remerde ! Les loges du bas vont devenir vestiaires ce soir ! Le bureau de Jeff au 3ème fera l’affaire, nous dit-on. Bien évidemment en bordel à notre arrivée, la pièce du boss est relookée illico par les filles : les poignées des fenêtres des portants pour les cintres, le bureau central un giga stand coiffure, les étagères latérales des spots maquillage.
Un verre de blanc plus tard, équipées de ravissants micros- têtes, nous vérifions la portée du 5.1 de la salle.
31 décembre 2016, 20 H 38.
Dans la file des berlines les clients patientaient avant de lancer négligemment leurs clés aux voituriers du Club. On parlait astrologie chinoise et chemins de vie lorsque se fut au tour de grand père- hypster d’envoyer d’un geste théâtral celles de l’Alfa à un grand dadais.
Sandrine aperçut enfin l’ex-ministre et sa suite dans le sas tamisé de l’entrée. Elle donna immédiatement le signal. Les quatre furent guidés vers le vestiaire du sous-sol pour y confier leurs effets; puis par l’escalier intérieur menant au rez-de-chaussée, on leur fraya un passage, leur permettant d’admirer le comptoir longiligne, les mosaïques de bouteilles et de verres, le jeu fugace des lumières. Partout l’esprit du Shangaï des années 30 surgissait, ici par le truchement des couleurs pourpres, là par l’agencement du laqué et du mat. Le sol de la grande salle proposait une perceptive exceptionnelle, accentuée par le damier noir et blanc du pavage, et la multitude de canapés Chesterfield dans lesquels se vautraient les convives.
Les filles et moi on s’époumone depuis 25 minutes quand son Altesse arrive enfin. Décidément ce mec respire la classe internationale ! Je zieute vers Bojan manière d’être raccord avec la bande son, perds de vue mon gars et manque lui rentrer dedans au détour d’un eucalyptus géant !  «  Mister Sandman, bring me a dream… » Je dois ressembler à un gobie nettoyeur !
Emboîtant le pas de Charmant et sa belle, toutes dents dehors et l’air toujours mauvais, Jack is back en personne et sa nouvelle conquête avancent dans les rangs. Le troll s’écarte, non sans jeter un regard torve sur la croupe de ma Lulu. A peine installé, le beau monde trinque à l’avenir, aux surprises électorales et à bien d’autres choses que je n’entends pas, préoccupée par une périlleuse tierce de Shoo Shoo Baby.
Aux premières notes de Stuck, Lilly, nul ne sait pourquoi, vise le Chesterfield de ces dames, pour y poser une fesse et entamer une choré dont elle garde le secret.
Mauvaise estimation de ses appuis, déclinaison vicieuse de l’accoudoir, bref la chute lui arracha instantanément un beuglement multi diffusé à tous les étages. Eut égard à l’air serein, voire détaché qu’elle garda en début de cascade, chacun mesura la confiance qui l’habitait encore à ce moment là. Pour ne perdre ni le micro qui lui enserrait la tête ni le fil du morceau de Caro Esmerald, elle pesa de tout son poids sur le dossier du canapé, s’affaissant d’un coup derrière le coussin en cuir. Elle tenta désespérément de se rattraper. Un bras fit l’affaire, armé d’un imposant verre à cocktail avec lequel on projetait de porter de nouveau un toast. Les deux gais lurons d’en face retinrent leur souffle, Vincent, aux prises avec un blinis au saumon fumé, tenta d’intervenir. La distance eut raison de son dévouement. Dans le brouhaha d’une salle déjà fort sonore, on distingua tout à la fois vocalises, cris, grossièretés, et même quelques sons d’objets entrechoqués. Lulu et moi, désemparées par le spectacle désastreux que notre triplette produisait, tentâmes d’extraire Lilly de l’entrejambe « in the middle of nowhere » du bougre vicelard où sa chute l’avait fortuitement menée. Au même instant, dans une confusion ahurissante, Jeff bondit tout de go, tournoya au-dessus des tables de l’allée centrale, ouvrant ainsi la voie à une bonne dizaine de chinois, vietnamiens et autres thaïlandais qui se planquaient, au motif de bosser, dans les cuisines de l’établissement.
On crut entendre un « trop tôt les gars ! » auquel personne ne prêta attention.
Rendant un bel hommage au Kung-fu, nos gaillards nippons aspergèrent allègrement une bonne moitié des réveillonneurs d’hémoglobine de synthèse, les mouvements saccadés des sabres provoquant des geysers de sang assez exagérés, salopant par la même occasion ma belle robe rockab et le perf léopard de Lilly.
Les filles et moi profitâmes de l’effroi général pour prendre nos jambes à notre cou.
Mais putain Max... C’était lequel ?, hurla Bojan qui nous avait suivies dehors. Le beau gosse ou le mètre cube endimanché ?

Et puis c’était qui ces branques avec leur remake pourri de Kill Bill ? Nous ont fait tout foirer !
Merde, me manques un talon…haleta Lilly, je crois qu’il est resté coincé dans le troll !
France 2, JT, 1er janvier 2017 : « et on peut dire que c’est une attaque d’une extrême violence qui a été menée hier dans un club du XIIème arrondissement, sans que l’on puisse pour l’instant établir le moindre rapport avec la sortie, le 8 février prochain du nouveau polar de Vincent Peillon « un chinois à Paris ». Le député européen qui assistait à la soirée est décédé, étouffé par un morceau de saumon. Dominique Strauss Khan, présent sur les lieux, a succombé quant à lui à une perforation de l’abdomen.
 Le directeur de l’établissement a été placé en garde à vue. L’enquête s’oriente vers Neuchâtel, où de nouvelles investigations sont menées. Tout laisse à penser que le gang du 49.3 possède des appuis internationaux. Le parti communiste chinois impliqué dans l’affaire des Panamas Pappers aurait-il déclaré la guerre à la gauche française ? »
Hit the road Jack, and don’t you come back no more, no more, no more, no more…

Claude Mazauric : d’historien à chroniqueur : un billet de José Fort

« J’ai écrit pour donner forme à mes inquiétudes et formuler une espérance critique », conclut Claude Mazauric dans son dernier ouvrage « Au bord du gouffre » (1).
L’historien et universitaire de talent que l’on connaît surtout pour ses travaux sur la Révolution française se transforme cette fois en chroniqueur dans une sorte de journal de bord rédigé « presque quotidiennement » depuis le solstice d’hiver de 2014 jusqu’à celui de 2015.

Inquiétude ? Claude Mazauric, un matin, une fois la brume levée, a eu le pressentiment de ne pas survivre au dernier jour de 2015. A penser si fort à la fin de sa vie, marquée il est vrai par plusieurs problèmes de santé, je me demande si l’auteur n’est pas quelque peu hypocondriaque. Le remède ? Chaque jour où presque, après un tour dans le jardin pour surveiller ses arbres fruitiers, entre deux lectures, deux visites, deux conversations, deux émissions, Claude Mazauric reste au plus près de l’information, commente, analyse, en apportant son éclairage personnel puisé à l’aune de son expérience, de sa culture, de son art pédagogique.

Le texte a du souffle. Pas historien et militant pour rien. Avec des images et des phrases du genre « La mer Méditerranée livre à peine dix fois plus de thons qu’elle n’engloutit d’êtres humain » ; à propos d’un «  spécialiste » russe qui se présente « comme un promoteur déterminé de la liquidation du vieux système ». Ou encore, «  la revanche vengeresse de tout ce que le fanatisme religieux peut accumuler de haines séculaires contre la libre pensée ».

L’historien n’est jamais loin avec ses pages - peu nombreuses mais denses par respect à sa nouvelle fonction de chroniqueur - sur la Révolution, Rousseau, Robespierre, Marat etc…- pour vite revenir à l’actualité : l’attentat contre Charlie Hebdo, l’Ukraine, « le pouvoir « socialiste » « un des plus réactionnaires que la France ait jamais connus. »

Les résultats des élections départementales ? « Ce qui était prévisible et prévu est arrivé. »
La Corse et un échange de courrier avec Ange Rovère, historien lui aussi, brillant spécialiste de la Corse.
Une certaine madame Bébé dont il dresse un portrait politique peu flatteur et dont on aimerait connaître l’identité véritable. L’auteur ne rechigne pas devant la modernité mais lui préfère « le livre papier », sa table de travail en témoigne. « Quel bon livre que celui dont le désir vous prend de vouloir en apprécier le dessein et d’en discuter le détail », s’exclame-t-il. Et puis, on s’étonne qu’il puisse éprouver «  une sorte de sympathie véritable » pour l’ancien patron de Sciences Po, Richard Descoings, retrouvé mort dans un hôtel de New York qu’il qualifie pourtant de «  petit marquis fantomatique  dont il ne restera rien qu’une image évanescence.» On s’étonne aussi que l’auteur qui fort heureusement « n’a pas plié son parapluie », selon la formule d’une de ses parentes annonçant un décès, s’enflamme en évoquant Mélenchon « l’héritier des lumières » lui qui a combattu depuis toujours l’homme providentiel, style Bonaparte, semblant oublier une des brèves sentences poétiques de Robert Desnos qu’il cite : « Rose Sélavy n’est pas persuadée que la culture du moi puisse amener la moiteur du cul. »

Claude Mazauric nous fait voyager. A propos de Chamonix et du Mont-Blanc, il nous donne à connaître le détail de l’arrangement franco-piémontais de 1860, « une véritable arnaque ». Ou encore les raisons de la Déclaration de guerre de la France «  au roi de Hongrie et de Bohême » du 20 avril 1792. Le chroniqueur, un temps, revient à l’histoire pour mieux expliquer le présent et prévoir l’avenir.
Claude Mazauric nous donne un livre témoignage. On y entre et on en sort plus.

José Fort

(1) Arcane 17, 23 euros.

Francette Lazard a aimé Au bord du gouffre de Claude Mazauric

Cher Claude

Tu t’en remets donc à nous, tes lecteurs, pour savoir "si tu as perdu ton temps" en écrivant ce livre. Après une lecture attentive, passionnée et bien souvent émue, je peux te dire qu’en ce qui concerne « la condisciple, la camarade et l’amie » que je suis, tu n’aurais pu mieux employer ce temps turbulent qui nous emporte de plus en plus vite.

Je te lis depuis des décennies, avec un intérêt soutenu. J’ai apprécié il y a quelques années tes mémoires publiées dans les Cahiers d’Histoire.
Mais j’ai l’impression, avec ces notes du "jour le jour", d’entrer comme par effraction dans ta « fabrique » de pensée.

J’y découvre « en direct » le tourbillon des connaissances acquises et toujours augmentées, la densité critique d’un engagement toujours revivifié, la diversité des contacts et des plaisirs qui trament ta personnalité. Ainsi se façonne ce que tu as sû devenir et ce que tu parviens à offrir aux autres. Avec les doutes et les certitudes toujours en reconstruction. Avec la lucidité que permet - tu en donnes un témoignage rare - la perception de ses propres limites dans l’universel de l’expérience commune.

En te mettant à découvert, tu permets à ton lecteur de mieux connaître l’intellectuel humaniste que tu es devenu, de mieux saisir comment s'élabore un regard personnel informé, et de mieux comprendre les chaos du présent pour y tracer sa propre route. Belle réussite, originale et forte. Elle met en lumière, et en perspective, les riches facettes de ce que tu as construit au fil des années : chacune rehausse la couleur des autres, donne sens à une trajectoire de vie dont ton précédent texte « biographique » ne laissait pas deviner la complétude.

Vraiment, tu n’as pas perdu ton temps ! Et comme nous partageons la même époque, et le même engagement, actif depuis plus de soixante ans, j’ai eu l’impression, durant les heures stimulantes que je viens de passer avec toi, que nos trajectoires se recoupaient comme jamais. La figure de Simone, si discrêtement présente dans ta « fabrique » quotidienne, donne à celle-ci sa pleine humanité.

Avec toute mon amitié, renouvellée par la grâce de la lecture,

Francette

http://www.editions-arcane17.net/content/au-bord-du-gouffre

Justice de classe

A quatre heures trente ce lundi matin, dans les commissariats de plusieurs départements proches de Paris, l’alerte était au rouge : rassemblement des policiers, dernier briefing sur la mission, vérification des armes et des gilets pare balles, répartition des personnels dans les véhicules. L’opération était programmée à six heures pétantes. Il fallait faire vite et éviter les témoins.

S’agissait-il de terroristes préparant un attentat ? De malfrats impliqués dans de sales affaires ? De voyous spécialistes du détournement de biens publics, anciens membres des gouvernements d’hier et d’aujourd’hui, de la droite et son extrême ? D’assassins recherchés ? Vous n’y êtes pas.

La rafle ce matin visait plusieurs salariés d’Air France suspectés d’avoir arraché leurs chemises à des membres de la direction venus annoncer des milliers de licenciements après s’être octroyés, eux et leur PDG, des augmentations de salaires allant de 30 à 70%.

L’ancien ministre socialiste Jules Moch s’était distingué en 1948 en faisant tirer sur les mineurs en grève. Il les qualifiait de «  racailles ». Manuel Valls a vu des «  voyous » parmi les salariés désespérés d’Air France et a fait donner la police. Les années passent, les méthodes des puissants ne changent pas pratiquant la même violente et méprisante justice de classe.

José Fort est l'auteur de
30 ans d'Humanité, ce que je n'ai pas eu le temps de vous dire
http://www.editions-arcane17.net/content/30-ans-d%E2%80%99humanite

Paru aux éditions Arcane 17

Date: 
Lu, 2015-10-12 (Toute la journée)

Arcane 17 se met à l'heure espagnole pour la rentrée littéraire et en mode polar

20 novembre 1975, Franco tire sa révérence après avoir imposé l'un des régimes les plus abjects qui soit, là juste derrière la barrière des Pyrénées. Un régime qui s'est imposé sur le sang des hommes, scellé son assise politique à coups de juridictions d'exception et puisé son idéologie sur un nationalisme exacerbé, allié au catholicisme le plus réactionnaire et le plus répressif.

Le "20-N" marque la mort du Caudillo mais le franquisme saura lui survivre dans ce qu'il a de plus délétère mafieux et vénal. La loi d'amnistie du 16 octobre 1977 sera vécue par beaucoup comme une loi d'impunité des anciens tortionnaires, imposant une chape de plomb sur une Histoire qui aurait bien mérité de solder collectivement et publiquement ses comptes.
La République sacrifiée une deuxième fois sur l'autel de la démocratie? En tout cas l 'anti-franquisme ne sera pas le socle commun de l'identité espagnole de l'après Franco....

40 ans après, les plaies sont vivaces, la mémoire en éveil car restent toujours dans les consciences et les mémoires la terror blanco, les 130 000 disparus, les 600 à 800 charniers de républicains, l'évocation de la phalange et le symbole du garrot...

40 ans après, les Éditions Arcane 17 ont voulu célébrer cet anniversaire. Il nous touche, nous parle car nous nous sentons pyrénéens, basques, républicains, cocos, anars, indignés ou Podémos...

Fallait-il aussi trouver les formes pour en parler? La délibération fut de courte durée: une récit bref, des nouvelles, de préférence noires ou encore un polar bien intrusif.

Arcane 17 se met à l'heure espagnole pour la rentrée littéraire!!!! Avec:

"Franco la Muerte"
Recueil de 20 nouvelles (noires) écrites par Patrick Amand, Alain Bellet, Antoine Blocier, Frédéric Bertin-Denis, Didier Daenincks, Jeanne Desaubry, Pierre Domengès, Maurice Gouiran, Gildas Girodeau, Patrick Fort, Hervé Le Corre, Sophie Loubière, Roger Martin, Jacques Mondoloni, Ricardo Montserrat, Chantal Montellier, Max Obione, Jean-Hugues Oppel, Gérard Streiff, Maria Torrès Celada.

"Jour de Colère" Dies Irae, Dies Illa (polar)
de Diego Arrabal.
2003, Nancy. Pour sa quatrième enquête, le commissaire Ney est confronté à l'assassinat de deux religieuses qui vont le conduire jusqu'à Madrid sur les traces d'un suspect, et le mêler à la mise à jour d'une affaire sordide qui a duré de 1939 à 1986.

"30 ans d'Humanité." Ce que je n'ai pas eu le temps de vous dire.
de José Fort.
Là où le correspondant international de l'Huma reprend la plume pour nous brosser quelques portraits chères à son cœur et livrer les coulisses de la grande Histoire. Parmi elles les brigades internationales, la Passionaria, Lise London...

et d'autres à venir...

Date: 
Lu, 2015-05-18 00:44 - Je, 2015-08-27 00:44

Fête de l'Humanité

Maryse Dumas et Robert Guédiguian présenterons leur ouvrage "Parlons politique" au village du livre de la fête de l'Humanité, dimanche 18 septembre à 15h30
Débat animé par Stéphane Sahuc qui a réalisé les entretiens.

Date: 
Di, 2011-09-18 15:30 - 16:30
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